Refuge du Tourond

La météo n’était pas certaine, il a fallu se concerter, consulter les oracles, scruter les entrailles d’un poulet sacrifié pour l’occasion, pour décider finalement de maintenir la randonnée. Bien nous en a pris ! Le temps a été clément et même agréable malgré trois gouttes à la descente, et la balade superbe ! Nous nous retrouvons donc 8 randonneurs (en fait des randonneuses en majorité) à 8 heures au départ de Cruis pour nous rendre à Champoléon, dans le Champsaur, pour faire les 500 mètres de dénivelé qui montent au refuge du Tourond avec un court prolongement prévu pour aller voir la cascade de la Pisse à une demi-heure du refuge, soit au total 9 km de randonnée aller et retour.

La route est un peu longue, il faut traverser Gap et ses embouteillages (la déviation n’est toujours pas achevée !), puis prendre la route du col Bayard et tourner rapidement à gauche dans la vallée du Champsaur en direction d’Orcières-Merlette. Avant cette station, nous empruntons une jolie petite route vers le Nord qui aboutit enfin à Champoléon, exactement au hameau des Borels (1300 mètres) où nous laissons les voitures sur un parking aménagé d’où part le sentier vers le refuge.

Après avoir franchi le Drac Blanc sur un pont de bois, le sentier, une ancienne piste forestière bien caillouteuse, monte d’abord raide dans la forêt côté ubac. Nous longeons le torrent du Tourond et prenons rapidement de l’altitude, puis la pente se fait moins forte. Nous traversons sans encombre plusieurs vieux couloirs d’avalanche qui finissent de fondre. De l’autre côté du torrent nous apercevons le chemin rive gauche qui devait être à l’origine notre chemin de retour… Après une heure et demi de montée, le refuge du Tourond (1700 m) est en vue de l’autre côté du torrent. Il faut le traverser mais, Ô stupeur ! la passerelle a été emportée par les flots et ne demeure en place qu’une poutre bien étroite qui, à la limite, pourrait faire l’affaire pour ceux qui ne sont pas sujet au vertige, mais le torrent est à cet endroit particulièrement impétueux et profond !... Un faux pas et on se fracasserait la tête sur les rochers avant de périr noyé et mort de froid… Au loin un tronc d’arbre est couché en travers du torrent, mais là encore le passage paraît vraiment aventureux… Il ne nous sera pas possible non plus d’aller au pied de la cascade de la Pisse dans la mesure où le chemin qui y mène passe obligatoirement par ce refuge devenu inaccessible et pourtant tout proche…

 Nous décidons alors de continuer le chemin rive droite en direction de Planure, un fond de vallée assez plat mais dont l’approche nous impose de grimper encore près de 200 mètres de dénivelé. En fait nous nous retrouvons exactement au-dessus de la cascade que l’on ne pourra donc jamais voir en entier ! C’est là que nous pique-niquons en compagnie d’une météo toujours clémente malgré les nuages. Il est un temps envisagé de monter plus haut là où le torrent se subdivise et devient plus étroit et moins impétueux afin d’y trouver un gué. Mais il faudrait remonter une belle et grosse croupe en face et, surtout, redescendre ensuite dans un éboulis de terre et de pierre particulièrement pentu et un peu long… Cette proposition ne fait pas du tout l’unanimité et nous resterons sagement rive droite jusqu’au retour aux voitures. Un des membres du groupe profite du temps de la sieste pour s’avancer un peu sur le chemin qui mène au col de la Vénasque à l’Ouest et à celui de Côte Longue au Nord et vers le Vieux Chaillol. Il aura alors la belle surprise d’une rencontre avec un magnifique troupeau d’une trentaine de bouquetins très peu farouches et de les approcher à 3 mètres, un vieux mâle aux impressionnantes cornes annelées gardant l’arrière de la troupe. Malheureusement le reste du groupe n’aura pas cette chance.

Le retour se fait donc par obligation par le même chemin. Quelques gouttes d’une pluie passagère nous oblige à sortir les capes et les K-way un petit moment. Et nous arrivons directement aux Borels sans faire la boucle par les Fermonds. Pas grave, la journée a été réussie ! Nous aurons fait en tout plus de 600 mètres et 11 km. Nous boirons le pot de l’amitié, de l’amour et de la joie, gentiment offert par un membre du groupe, au coquet village touristique de Saint-Jean-Saint-Nicolas.